Grimoire


  Parcours méthodologique

Recherche de terrain

sur les sites d’information en ligne

Florence Le Cam, février 2003.

Cette recherche de doctorat porte sur l’interaction entre le groupe des journalistes et Internet. Elle repose sur l’étude des usages et pratiques d’Internet ainsi que sur l’exploration des discours véhiculés sur et autour d’Internet par le groupe des journalistes du Québec.

L’introduction d’Internet dans le milieu journalistique a souvent été perçue comme allant nécessairement entraîner une adaptation des journalistes à la nouvelle technique, similaire à celle provoquée par l’entrée de l’ordinateur dans les salles de nouvelles. Internet est en effet une technique qui offre des potentialités matérielles aux journalistes (l’utilisation de courriels, la possibilité de créer des liens hypertextes, le développement de l’interactivité avec les sources ou les lecteurs). Pour autant, l’apparition d’Internet dans le paysage médiatique ne se résume pas à ces utilisations pratiques : elle se caractérise par l’émergence de nouveaux supports et de nouveaux concurrents. Internet a en effet vu ou fait naître de nouveaux acteurs dans le champ journalistique et à ses frontières .

La question générale de la recherche se pose en ces termes : dans un contexte d’introduction d’une nouvelle technologie, notamment d’Internet,
-  comment le groupe des journalistes du Québec gère-t-il son appropriation et les modifications éventuelles que cela implique dans la perception du métier, dans la conception des pratiques professionnelles ?
-  que peut-on déduire de cette appropriation à propos de l’identité professionnelle des journalistes québécois ?

Le point d’ancrage et d’intérêt de cette thèse porte sur le journalisme. Le journalisme étant prédéfini ici comme le territoire symbolique revendiqué et défendu par le groupe des journalistes du Québec. Mais, il ne se réduit pas à cela. Le travail d’information ne peut être restreint aux seuls journalistes patentés et est, à présent et d’autant plus semble-t-il grâce à Internet, investi par des acteurs aux frontières du journalisme. Les sites hors des médias traditionnels, donc des sites qui n’appartiennent pas à une entreprise médiatique, sont donc étudiés pour eux-mêmes et leur analyse tentera de montrer les ressemblances et les différences par rapport aux normes du groupe professionnel des journalistes.

Cette thèse tente de mettre en rapport une nouvelle forme de diffusion avec les formes de diffusion antérieures. C’est-à-dire de considérer que le journalisme au sens large est sinon la référence en matière de production d’information du moins l’acteur historique de cette diffusion ; les ‘hors-frontières’ intervenant à titre de miroir déformant et de révélateurs de changements en cours ou à venir. Ils sont aussi le moyen détourné de toucher à l’identité du groupe des journalistes. Le sujet de cette thèse n’est pas de comparer le ‘bon journalisme’ à ‘autre chose’. Mais de comprendre ce que ces nouvelles formes de production révèlent quant à la question de l’identité du groupe. Or, cette identité ‘professionnelle’ est une construction du milieu ‘traditionnel’ qui utilise cette notion pour défendre le territoire symbolique de son expertise. Elle ne se situe pas seulement à un niveau pragmatique de contrôle des pairs, de création de codes de déontologie ou d’une formation professionnelle reconnue, mais bien davantage en amont : au niveau des discours que le groupe tient sur lui-même.

Cependant, en tant qu’objet d’une recherche de terrain, Internet pose un certain nombre de problèmes méthodologiques. Il est extrêmement fluide, les marqueurs énonciatifs sont parfois cachés, voire inexistants, les acteurs - sans jeu de mots - souvent virtuels (ils écrivent sous un pseudonyme ou ne signent pas du tout). Comment, dans cet univers, réaliser une recherche de terrain portant sur les sites en ligne ? Et plus spécifiquement sur les sites d’information en ligne.

Les différentes recherches menées depuis quelques années sur la diffusion d’information en ligne se sont consacrées aux sites des médias traditionnels, notamment aux sites de presse des journaux tels que Le Monde, Libération, Le Soleil ou encore les différents titres de la presse quotidienne régionale. Et pour cause. Le repérage de ces sites est aisé. Ils dépendent d’une structure organisationnelle connue et reconnue, d’un titre de référence qui préexistait à la création du site. Ces sites sont des compléments, des diversifications pour la diffusion du produit rédactionnel des entreprises médiatiques traditionnelles. Par contre, la diffusion d’information en ligne ne se réduit pas, et loin de là, à ces titres transposés en ligne. Au départ de la recherche, on sait confusément qu’il existe un certain nombre d’acteurs hors du circuit des médias traditionnels qui se sont lancés sur Internet, qui ont créé leurs propres sites et qui revendiquent un certain usage de la liberté d’expression, voire de la liberté de presse.

Il n’existe pas de recensement des sites, recensement qui pourrait être réalisé par ca-tégorie, par thème, par date de création. Il n’est pas non plus possible, hormis par une visite régulière sur les sites eux-mêmes, de connaître l’évolution des contenus, le changement d’adresse ou la disparition des différents sites - un bémol : certains sites proposent des newsletters qui permettent de garder un contact régulier avec la publication .

Les sites d’information hors-médias sont extrêmement nombreux, leurs thématiques sont disparates, leur mise à jour aussi. Lorsqu’il est possible de réaliser un panorama de certaines formes de sites d’information dans une région, une province ou un pays, la quantité est souvent effarante. Et analyser ce paysage en son entier est une chimère. Il est changeant, dynamique, multiple et souvent fouillis.

D’autant qu’une recherche portant sur les sites hors-médias ne peut reposer sur des études préexistantes, ou si peu. Cette étude-ci est avant tout une exploration d’un objet en construction, d’un objet mouvant encore peu étudié. Comment dans ce cas débuter une telle recherche ? Plusieurs questionnements et difficultés surgissent rapidement :

-  Par quels biais a-t-on eu connaissance de ce phénomène des sites hors-médias ?
-  Comment faire pour les repérer sur Internet ?
-  Quelle démarche adopter ?
-  Quels outils utiliser ?

L’objectif de ce document est de décrire le parcours quelque peu initiatique de la démarche de terrain : le repérage des sites, les difficultés rencontrées, les modalités d’analyse du contenu des sites, l’approche par entrevues. Les paragraphes suivants tentent de décrire, de questionner et de justifier la perspective inductive et souvent intuitive de cette démarche.

Ce texte propose ainsi une présentation des mémos méthodologiques et théoriques rédigés au cours de la recherche de terrain. Mémos qui sont fondamentaux dans la transcription des intentions du chercheur, de ses données, du calendrier des étapes, des décisions prises au cours de l’analyse et des outils méthodologiques utilisés (Comeau, 1994 : 12). Il s’agit ainsi de présenter et d’expliquer les règles de production du discours construit simultanément ou a posteriori à la démarche de terrain.

1- L’approche qualitative de cette démarche de terrain.

Un tel sujet portant sur les sites d’information en ligne peut être abordé selon différentes perspectives. Le chercheur a la possibilité grâce à une connaissance, même vague de son sujet, de poser des hypothèses en lien avec certaines théories socio-techniques, de sociologie des usages, de diffusion de l’innovation, de sociologie professionnelle, etc. Il peut alors définir son panorama en fonction de la nature de son questionnement.

Sans remettre en cause cette perspective, la démarche défendue ici est résolument inductive, voire intuitive. Il nous semble évident qu’un objet aussi neuf, mouvant et en construction ne résiste pas à une approche hypothético-déductive. En effet, pour appréhender un objet tel que les sites d’information hors-médias, il nous semble indispensable de traverser une phase, même laborieuse, de connaissance approfondie du terrain. Un défrichage méthodique du terrain devrait aboutir à une connaissance plus fine des acteurs. Il s’agit avant tout de prendre connaissance de ce qui se passe, bien avant de poser une quelconque réflexion, même intuitive, sur l’objet. Même s’il semble évident que toute recherche qualitative n’est jamais neutre, qu’elle ne préexiste pas à toute théorie, la démarche dans un sujet portant sur les sites en ligne doit tenter de développer la compréhension des phénomènes au départ des patterns de données plutôt que de recueillir des données pour évaluer un modèle théorique préconçu ou des hypothèses a priori (Mucchielli, 1996 : 58).

Ainsi, il semble que la description du panorama doit précéder toute tentative de définition des différentes formes de sites. Car, dans ce cas, les définitions préconçues par le chercheur ou les définitions émanant du milieu et adoptées dans la recherche nuisent à une compréhension et une analyse du phénomène. Le chercheur a ainsi tendance à plaquer les connaissances qu’il peut avoir d’autres milieux – en particulier pour un sujet comme les sites d’information, ses connaissances du journalisme – sur le phénomène qu’il étudie. Pour pallier à ces difficultés, la perspective se doit d’être inversée et privilégier une recherche exploratoire du phénomène en lui-même.

L’induction est alors le type de raisonnement privilégié, ce terme refers to the ac-tions that lead to discovery of an hypothesis – that is, having a hunch or an idea, then converting it into an hypothesis and assessing whether it might provisionally work as at least a partial condition for a type of event, act, relationship, strategy, etc (Strauss, 1987 : 12).

Cette approche de l’induction se centre sur les grands thèmes du paradigme interprétatif qui sont posés par Lessard-Hébert (1997 : 32) : la subjectivité, la culture comme objectivation de l’esprit et le monde social comme lieu de production de sens et de valorisation. Ce paradigme interprétatif se centre sur la recherche des pratiques sociales, culturelles et historiques (Lessard-Hébert, et al, 1997 : 38). Ainsi, how an event occurs, how it functions in social contexts, and what it means to participants are all issues addressed from a cultural-hermeneutical, or interpretive, perspective (Lindlof, 1995 : 9). L’intérêt d’une telle démarche qualitative est qu’elle permet aux chercheurs de dépasser leurs a priori et leurs cadres conceptuels initiaux (Miles, Huberman, 1991 : 22). Malgré qu’elle permette de prendre en compte plus largement la complexité des situations, leurs contradictions, la dynamique des processus, et les points de vue des agents sociaux (Pourtois, et al, 1988 : 8), l’approche qualitative pose cependant des problèmes par rapport à la généralisation des conclusions, à la fidélité et la validité de l’instrumentation et à la réduction des données.

Cependant, certains critères peuvent être établis pour assurer la crédibilité de la recherche (Comeau, 1994 : 9-10). Une présence prolongée sur le terrain ou dans le champ d’étude, une description détaillée des procédures utilisées, la recherche et l’analyse des cas négatifs et l’illustration des résultats par des données empiriques, sont quelques-unes des balises qui ont été utilisées pour assurer une certaine validité de la recherche. Ces critères sont, dans la mesure du possible, appliqués dans cette recherche. Celle-ci s’appuie de surcroît sur la démarche de triangulation méthodologique assurée, ici, par l’analyse des sites, les entrevues et des phases d’observation.

2. Le repérage des sites et la construction du panorama général

2.1 Le repérage des sites

Le phénomène de la diffusion d’information sur Internet a été abordé par le biais du journalisme sur Internet. Les médias traditionnels créant des sites sur Internet, les chercheurs en sociologie du journalisme et en communication se sont intéressés à cette diversification de support et ont cherché à savoir si ces créations entraînaient des changements dans les pratiques et les représentations que les journalistes se faisaient de leur métier, de leur lectorat, etc. Le sujet a pu aussi être abordé du point de vue de l’économie des médias ou des stratégies des entreprises de presse. Pour autant, il a bien fallu se rendre compte que les médias traditionnels étaient confrontés à l’apparition de sites dont les informations étaient publiées exclusivement en ligne.

Le panorama des sites des médias traditionnels étant aisément réalisable, comment cependant repérer les sites indépendants, collectifs ou individuels qui ont trouvé une niche sur Internet ?

Les informations sur l’existence et l’évolution de ces sites ont commencé à circuler par l’entremise de listes de discussions sur le journalisme en ligne (listes française ou américaine notamment). Elles ont aussi été relayées par les médias traditionnels, souvent par des chroniqueurs en nouvelles technologies qui suivaient de près les créations et évolutions des sites. Le phénomène des blogues (carnets), par exemple, a été relayé par les médias traditionnels.

Le chercheur prend donc connaissance d’un nouveau phénomène par deux canaux : les médias traditionnels et les lieux de discussion sur le sujet. La connaissance de ces sites relève alors souvent d’un hasard ou d’une certaine attention dus à la lecture ou l’écoute de reportages. Si le chercheur n’est pas un techno-participant, il n’a pas connaissance, hors de la diffusion d’information à grande échelle, d’un phénomène en pleine expansion, tel que les blogues.

Une fois l’existence de ces sites connue, la démarche à entreprendre est de surfer sur Internet à partir des sites repérés dans les reportages ou les discussions sur le sujet. L’entreprise peut débuter par un parcours au travers de différents moteurs de recherche généralistes, Google par exemple. Plusieurs entrées peuvent être inscrites : webzines, blogues, etc. et donner des résultats plus ou moins aléatoires et pertinents. Certains moteurs de recherche spécialisés permettent par ailleurs le repérage de sites. Chaque moteur de recherche catégorise à sa façon les différents sites : par pays, par sexe d’auteur, par thème. La recherche par ces moteurs peut être pertinente en autant que les catégories ne masquent pas un certain pan du paysage.

Il est nécessaire d’avoir une porte d’entrée pour aller observer ces sites. Les premiers sites portés à la connaissance du chercheur seront souvent les œuvres de précurseurs ou les sites les plus réputés. Leurs auteurs étant des personnalités connues et reconnues dans le milieu technique ou journalistique, l’enjeu est alors de rechercher les autres sites pour tra-duire la diversité du panorama.

2.2 Délimitation du terrain

Quelques adresses de sites sont donc portées à la connaissance du chercheur. C’est ici que les premiers problèmes d’envergure se posent. En effet, quelle place accorder à ces sites dans la recherche ? Comment connaître les autres sites ? Ces sites ‘premiers’ sont le point de départ de la description du panorama. Fréquemment, les sites d’information en ligne réfèrent à d’autres sites de même nature, dans une liste de sites amis, de partenaires, de collaborateurs.

S’en suit alors pour le chercheur une phase laborieuse de recherche par hypertextes. Pas à pas, il s’agit d’utiliser le système de références que proposent les sites vers leurs homologues. De listes de sites-amis en liste de sites-amis, le parcours devient multiple et exponentiel. Les auteurs des sites ont leurs préférences, leurs centres d’intérêts particuliers qui les amènent à proposer à leurs lecteurs des parcours multiples hors de leurs sites. D’un premier site (a) référant à trois sites (b) ,(c), (d), le site (b) propose des liens vers les sites (e), (f), (g). Le site (d) propose des liens vers (h), (i), (j) qui eux-mêmes… etc.

Sur le terrain, même si un noyau central de sites peut très vite émerger, la multiplicité des sites est très prégnante. Le panorama semble sans fin. Le chercheur se heurte à la quantité toujours plus importante de sites qu’il découvre.

Dans cette recherche sur le panorama des sites d’information en ligne au Québec, plus de 200 sites (de médias traditionnels ou hors-médias) ont été repérés au cours de l’automne 2002. Ils sont assurément plus nombreux. Quand et pourquoi s’arrêter ? Se pose ici une question méthodologique importante. Sur quels critères décréter que le panorama est établi, que les sites sélectionnés le représentent même sommairement ?

Dans une recherche sur les sites en ligne, il semble nécessaire de retrouver une certaine modestie quant à la représentativité et à la complétude de la recherche de terrain. En effet, la création de sites est un phénomène qui ne s’arrête jamais, les disparitions non plus.

Pourtant, lors de la réalisation du panorama de ces 200 sites, la recherche de terrain se trouve confrontée à une certaine saturation. Ce phénomène de saturation est parfaitement intuitif. Il repose cependant sur un point central : la recherche de sites n’est plus exponentielle, elle stagne et le chercheur retombe de plus en plus fréquemment sur les mêmes sites. Il a alors une sensation intuitive de clôture du terrain. Cette sensation est loin d’être un critère scientifique au sens entendu habituellement. Elle est pourtant l’indice central sur lequel peut se baser le chercheur pour estimer qu’il peut à présent délimiter son terrain. Si les critères d’exhaustivité et de représentativité ne peuvent être prouvés, les risques d’erreurs grossières sont cependant limités par l’envergure du défrichage et de la connaissance du terrain.

Ce phénomène de saturation est une série d’étapes d’analyse menées simultanément avec la collecte des données, permettant de déterminer le moment où l’ajout de nouvelles données ne changeraient pas de manière significative la théorie empirique qui se construit (Comeau, 1994 : 12). Cela signifie qu’aucune donnée additionnelle ne serait utile pour développer davantage une catégorie, même si le chercheur poursuit sa recherche pour diversifier les catégories et s’assurer qu’il s’appuie sur un éventail le plus large possible de données. La description du panorama pourra, par ailleurs, être conjuguée à quelques entrevues informelles avec certains acteurs du milieu auxquels sera présenté le panorama et qui pourront commenter le travail.

2.3 Photographie passagère ?

Il s’agit aussi de faire face aux angoisses des créations et disparitions de sites. Et reconnaître que le panorama général - même incomplet - n’est qu’une photographie passagère. Il est représentatif d’un certain moment et valable pour une certaine période. Le caractère mouvant du panorama ne doit pas être occulté, il doit au contraire être au centre de la réflexion sur l’objet. Mais il ne doit pas non plus devenir une course à l’actualisation et une recherche effrénée des changements ponctuels des sites. Le travail d’analyse du panorama doit se restreindre à l’analyse d’un temps T, choisi et photographié pour la recherche. Il permet de surcroît de prendre un certain recul, même minime, par rapport à la rapidité de mouvement de l’objet. Cette frénésie du changement implique qu’avec un sujet traitant d’Internet, tout devient histoire. Le découpage, la photographie opérés par le chercheur font immédiatement partie du passé.

Une recherche portant sur Internet ne serait-elle alors qu’une analyse éphémère ? L’objectif est de dépasser l’idée de monographie de cet instant T. Ce dernier doit être perçu comme un événement-repère, un objet-miroir qui soit illustratif et source de sens d’une problématique plus générale. Il ne doit pas devenir l’objet de la recherche lui-même au risque de se cantonner à une description fine d’un phénomène en cours, qui n’apportera rien de plus qu’une pierre à l’histoire mouvementée de la diffusion d’information sur Internet.

2.4 Problèmes rencontrés lors de la réalisation du panorama général

Au cours de la réalisation du panorama des sites d’information en ligne dans la pro-vince du Québec, diverses difficultés sont rapidement apparues : les flous des identités énonciatives, des repérages territoriaux, des réseaux de référence.

2.4.1 Une identité énonciative floue

Les sites d’information hors-médias ne présentent pas tous un énonciateur très clair. Ce dernier n’est pas toujours identifiable au premier coup d’œil. Ainsi, l’auteure du site Les coups de langue de la grande rousse. Cybercarnet d’une appassionata de la langue de Molière se présente sous le pseudonyme de la Grande Rousse et renvoie à son adresse de courrier électronique (qu’elle qualifie de cybergramme). Le créateur et rédacteur du site La Tribu du verbe se présente sous le surnom de Bob l’Aboyeur. Le chercheur est donc confronté à un système d’énonciation de l’identité du répondant parfois troublante. Sur un site tel que Pelican, l’auteur, Pélican, se définit dans sa fiche d’identité, comme un jeune homme de 24 ans résidant à Montréal. La mise en scène du personnage est donc plus que vague. La recherche se heurte ici à de nombreuses difficultés dont la principale est de savoir qui produit ce site, qui se cache derrière telle ou telle appellation.

Quelques possibilités permettent de pallier à cette opacité :
-  Une lecture approfondie du contenu des sites afin de repérer des indices sur l’énonciateur
-  La consultation de deux outils de l’interface : ‘Liens de la page’ (Show related links) et ‘Source’ qui décrivent les différents liens mis en forme par l’auteur du site.
-  L’adresse électronique (si la mention d’un nom et non du pseudonyme est indiquée)
-  L’envoi d’un courriel à l’adresse électronique indiquée sur le site pour entrer directement en contact avec le rédacteur.
-  La recherche par moteur de recherche à partir du titre du site ou du pseudo-nyme de l’auteur afin de repérer si la personne possède une page personnelle ou a produit des textes, des articles, des commentaires sur d’autres sites.

2.4.2 Problèmes de repérages territoriaux

Internet étant a priori transfrontières, un problème majeur réside dans le repérage du territoire de fabrication du site. Or, cette recherche-ci porte sur le panorama québécois et doit donc prendre en compte l’ancrage physique du site. Mais comment repérer un ancrage territorial quand l’adresse du site ne mentionne qu’un ‘.com’ et que l’objectif du site est d’échanger non pas avec ses voisins, mais avec la communauté internationale en ligne ? Et même si la mention de l’appartenance à un territoire est rarement gommée, il est fréquent qu’elle ne soit pas présentée clairement.

Différents indices peuvent alors être utilisés :
-  Les descriptions de l’auteur du site dans sa fiche d’identité
-  Une lecture approfondie du contenu du site afin de repérer le lieu de vie (grâce aux descriptions, aux annonces d’événements, etc.)
-  L’adresse électronique (parfois la mention ‘.fr’. ‘.ca’, ‘.be’ peut être utile)
-  L’envoi d’un courriel à l’adresse électronique indiquée sur le site pour entrer directement en contact avec le rédacteur.
-  La consultation de deux outils de l’interface : ‘Liens de la page’ (Show related links) et ‘Source’ qui décrivent les différents liens mis en forme par l’auteur du site..

A titre d’exemple, ce n’est qu’en lisant attentivement ses différents textes qu’il est ap-paru que l’auteur du site Vent hyperboréen n’est pas un habitant du grand Nord canadien, mais un montréalais en voyage professionnel dans cette province. Étant Montréalais donc Québécois, son site entrait de facto dans le panorama général. Mais aucun indice ne permettait a priori de l’identifier de la sorte.

2.4.3 Les systèmes de références entre sites

Le repérage des sites repose sur une démarche de saute-moutons entre les sites grâce aux listes de liens que les auteurs proposent vers des sites-amis. Cette pratique de lister les sites-amis a pour intérêt de présenter directement le réseau d’intérêts ou le réseau de collabo-ration que l’auteur entretient avec ses homologues. Il marque le territoire symbolique dans lequel il évolue. Cette pratique doit être prise en compte dans la description du panorama.

Ces répertoires sont pertinents car ils offrent des portes d’entrée multiples vers d’autres sites. Ils permettent d’observer les mises en réseau, les échanges entre auteurs de sites. Par contre, il est nécessaire de ne pas se contenter de suivre le fil de ces liens et de chercher des sites hors des réseaux proposés. Car il devient rapidement évident que certains réseaux sont complètement indépendants les uns des autres, ou que des électrons libres se retrouvent à leur marge. D’autre part, la pratique peut aussi n’être qu’une démarche de bien-séance au sens où je te cite sur mon site car tu m’as cité, etc. De plus, les auteurs des sites ont des partis pris, les références peuvent alors renvoyer à un même réseau qui partage les mêmes conceptions, les mêmes centres d’intérêts ; elles peuvent occulter des pans entiers du panorama.

Quelques garde-fous :
-  Parcourir les répertoires de liens présentés
-  Poursuivre le repérage par les différents moteurs de recherche (généralistes et spécialisés dans les sites en ligne)
-  Suivre le contenu des différents sites qui font souvent référence à la création de nouveaux sites.

3. Première description du panorama général

La démarche de recherche de sites s’est donc orientée sur la découverte de sites qui diffusent des informations représentant un intérêt pour une communauté particulière. Elle a débuté par le listage des sites issus des entreprises médiatiques et s’est poursuivie par le repérage des sites hors médias.

Cette recherche de sites aboutit à un inventaire partiel des différents sites présents dans le panorama québécois. La première opération consisterait alors à décrire les sites selon des catégories substantives, c’est-à-dire des catégories inspirées directement du terrain et qui ont tendance à reprendre les termes mêmes des acteurs sociaux (Laperrière, 1982 : 37). Néanmoins, les qualificatifs utilisés par les rédacteurs de sites montrent une certaine cacophonie dans les appellations. On peut retrouver le terme de cybermagazine, blogues, weblog, cybercarnet, carnet, webabillard, site d’information, site d’opinion, site d’actualité, webzine, etc. La conservation de ces qualificatifs dans la présentation du panorama est mise en doute. En effet, elle aboutit à une liste dissonante qui ne permet pas la présentation du pano-rama selon la nature des sites. Un travail de qualification des sites peut être entrepris au moyen de la construction de catégories ‘formelles’, construites par le chercheur et qui sont explicatives des catégories substantives (Laperrière, 1982 : 37). Ces catégories formelles sont issues de la connaissance fine du paysage en son en-semble. Elles ont été construites à partir de certains critères :
-  L’appartenance des sites à des entreprises médiatiques, commerciales ou à des individus ou groupes sociaux
-  L’organisation de la production d’information (le statut du personnel, le nombre, etc.)
-  Le contenu du site
-  La mise en page
-  La présence de publicité
-  Les interactions avec le lectorat

Ces différents indices très généraux permettent de gérer le panorama, de réaliser des recoupements, des comparaisons qui aboutissent à une description sommaire des différentes formes de sites. Ces indices sont les critères de définition retenus pour décrire et analyser un site.

Le panorama québécois peut alors être présenté plus finement. Il est décrit selon deux critères : 1- l’appartenance des sites. En effet, cette appartenance renvoie à l’identité de l’Énonciateur et est souvent, malgré certains flous, un marqueur im-portant du site. 2- L’organisation de la production d’information.

L’autre critère majeur qui aurait pu permettre la description du panorama des sites renvoie au contenu. Celui-ci nécessite cependant une analyse, démarche encore trop précoce à ce stade de description du panorama général.

a-Les sites vitrines des médias. Le site est alors la retranscription du média traditionnel sur Internet avec ou sans valeur ajoutée. C’est le cas du site www.ledevoir.com

b- Les sites avec salles de nouvelles. · Les sites reliés à des entreprises médiatiques. Internet a permis la création de si-tes qui diffusent des informations exclusivement destinées à la publication en ligne. Ces sites ont parfois encore un lien avec les entreprises médiatiques traditionnelles. Ils peuvent présenter une identité distincte de celle de leur entreprise-mère, mais la filiation est rapidement énoncée. C’est, par exemple, le cas du site www.canoë.qc.ca, portail d’information dont le contenu est produit par une salle de nouvelles indépen-dante, mais en partenariat serré et mixte avec les différentes filiales de son entreprise-mère Quebecor : le quotidien Le Journal de Montréal, la chaîne de télévision généraliste TVA et sa filiale d’information continue LCN. Cette filiation est alors un critère de crédibilité, l’assurance pour le lecteur d’être en terrain connu.

· Les sites rattachés à des entreprises commerciales hors médias. Des entreprises, des start-up se sont lancées sur le marché de la diffusion d’information. Ces entreprises nées avec l’engouement pour Internet ont créé des sites spécialisés ou généralistes. L’entreprise Netgraphe par exemple, créatrice du site spécialisé en informatique, Multimédium, qui a, par la suite, été racheté par le groupe Quebecor ; ou encore l’entreprise Branchez-vous !.inc qui publie le portail Branchez-vous ! D’autres entreprises ont investi l’information citadine, l’annonce des sor-ties, spectacles, loisirs, etc. avec des sites tels que QuebecPlus ou Cmontreal.

c- Les sites indépendants.

-  Les sites collectifs. Des groupes de militants, passionnés, professionnels ont créé des sites collectifs qui se basent sur la collaboration de membres, la diffusion d’articles, de commentaires, d’informations, de renseignements touchant un sujet particulier. C’est le cas du site du Centre des médias alternatifs du Québec qui offre la possibilité à tout internaute de prendre la parole et de diffuser ses écrits. Ces sites sont réalisés par des groupes connus (tels que les sites d’Indymedia, par exemple) ou encore des groupes dont l’identité est beaucoup plus floue, parfois même impalpable sur le site, tel est le cas pour le site La Tribu du verbe. Sans une certaine connaissance de l’histoire de certains sites et leur lecture approfondie, il est parfois impossible de connaître l’identité des créateurs ou leurs obédiences politiques, sociales ou professionnelles.

-  Les sites personnels. Ils sont multiples et réalisés par un individu isolé. Ils peuvent être des sites d’opinion, de commentaires sur l’actualité, des répertoires sur des sujets précis, des sites spécialisés dans des domaines particuliers ou des journaux intimes. Ils se présentent sous la forme de page d’accueil, de répertoire de liens, de courts textes présentés chronologiquement. Deux formes de sites personnels se distinguent :
-  Les sites spécialisés dans un domaine particulier
-  Les sites intimes, qui ont souvent la forme d’un journal intime en ligne .

d- Les inclassables.

Il faut bien reconnaître que certains sites sont difficilement catégorisa-bles. A mi-chemin entre différentes formes, parfois uniques dans leur genre, ils sont la manifestation claire de la mouvance constante des formes sur Internet, de la capacité à se dégager des cadres plus ou moins établis, à en créer d’autres, à les métamorphoser.

4. Les sites indépendants

Les prochains paragraphes se concentrent sur les sites indépendants, collectifs et personnels. Rapidement, ces sites peuvent être définis comme des créations indépendantes des entreprises médiatiques ou commerciales qui oeuvrent dans le secteur hors-ligne. Ils sont souvent le fruit d’un travail individuel ou collectif qui tente de rejoindre les internautes sur des intérêts particuliers : militants, professionnels, ludiques, passionnels. Dans la forme, ils sont a priori – et pour rester dans une définition d’ordre très général - tous différents, fonction de l’usage de l’outil de mise en page, de l’état de connaissances du créateur, du temps imparti à la mise à jour du site, de l’objectif du site, de sa ligne éditoriale (en autant qu’elle existe).

4.1 La sélection de ces sites

Comment parvenir à une classification plus fine de ces sites ? Reprenons les quelques 200 sites. L’identification des sites des médias traditionnels et des sites dont la production est réalisée par une salle de nouvelles sous la tutelle d’une entreprise commerciale est aisée. Les marqueurs identitaires sont forts.

Restent tous les sites indépendants, individuels ou collectifs : environ 150 sites. Il est envisageable de tous les étudier. Mais, que peut apporter une telle analyse exhaustive ? N’est-t-il pas préférable de sélectionner certains sites ? Sur quels critères réaliser cette sélection ?

D’autant qu’il est impossible de surveiller et d’observer tous ces sites quotidienne-ment, de connaître les changements d’adresse ou les disparitions, les bouleversements de contenu qui peuvent survenir.

4.2 Un panorama représentatif ?

Le parti pris a été de sélectionner un certain nombre de sites et de parvenir à 50 sites, le tiers du panorama (panorama qui n’est pas lui-même exhaustif).

Comment parvenir à une certaine représentativité du panorama ? L’idée de classer a priori les sites selon des catégories préconçues : par thème, par forme, etc (par exemple, les webzines militants, les webzines ludiques, les blogues professionnels, les blogues passionnés, les blogues-journaux intimes) et de sélectionner quantitativement ces sites à part égale, a été écartée. Cette manœuvre consisterait à sélectionner, par exemple, 5 webzines militants, 5 webzines ludiques, 5 blogues professionnels, 5 blogues passionnés, 5 blogues-journaux inti-mes. Mais, elle pose un problème de taille : 1- celui d’homogénéiser un paysage : les différentes formes de sites seraient repré-sentés à part égale dans le paysage. 2- de nuire à l’observation de la dynamique du terrain. Or, cette dynamique est constituante de l’objet de recherche. En sélectionnant selon les formes de sites, la recherche les place au niveau quantitatif à égalité et délaisse l’aspect mouvant du terrain qui est emprunt de tendances, de modes, de déclins de certains formes de sites. Le paysage ainsi composé serait par trop éloigné du paysage général.

La sélection des 50 sites a été réalisée par l’application de différents critères. Ces cri-tères sont évidemment issus de la connaissance du paysage dans son ensemble :

-  la notoriété
-  la fréquence de mise à jour
-  la thématique
-  la connaissance éventuelle du nombre de lecteurs
-  l’outil technique de mise en page utilisé
-  leurs différences de contenu et de mise en page (pour retraduire les différences, les originalités des différents sites).

Il s’agit alors de construire une représentation la plus fidèle possible du panorama général, de sa diversité, de ses incongruités, de ses tendances. Cette sélection découle de l’observation et de la lecture attentive des différents sites du panorama général. Elle ne peut être réalisée par comptage (une sélection des sites à la proportionnelle) ou encore par un quelconque processus aléatoire. Elle doit être issue de l’expérience que le chercheur peut avoir de son terrain, expérience qui est bien entendu une réflexion individuelle et encore une fois intuitive. Les frontières générales de ce groupe de sites ont été tracées en fonction d’un certain fil directeur qui est l’objet même de la recherche : la diffusion d’information ayant un rapport plus ou moins proche avec l’actualité et la pratique du journalisme et qui s’étend de la diffusion d’information dite d’actualité aux différentes formes d’expression d’opinion.

4.3 Justification de la démarche

Ce début de parcours de la recherche de terrain peut sembler bien fastidieux. Il nécessite un travail important en amont. La découverte du terrain est une condition indispensable. Elle permet de ne pas poser d’hypothèses hasardeuses et de percevoir de nouvelles manières de traiter et de présenter l’information - si elles existent – qui ne se résumeraient pas à l’hybridation de formes préexistantes. Cette démarche fait clairement appel à l’induction et surtout à l’intuition et au subjectivisme. Elle peut, en ce sens, être critiquée et malmenée par rapport aux critères de scientificité que d’autres recherches peuvent tenter d’appliquer. Pourtant, elle est justifiée et justifiable de par :

-  le caractère mouvant, fluide et extrêmement changeant du terrain
-  le terrain étant un ensemble dont la taille réelle est inconnue
-  le peu de recherches universitaires réalisées sur le sujet
-  la volonté de faire émerger le sens du phénomène à partir d’une observation et d’une compréhension fines du sujet.
-  la volonté de ne pas appliquer des définitions préétablies à un nouveau phénomène.
-  le recours à l’intuition en cours de démarche et non pas avant elle.
-  la volonté de ne pas appliquer des outils préfabriqués qui ne correspondraient pas à la nature du sujet.

5. La forme, le contenu, la logique des sites

Finalement, 50 sites ont été sélectionnés. L’objectif est alors de parvenir à une définition des différentes types de sites. Une description détaillée des sites est entreprise. Ces des-criptions visent à qualifier les sites, à remarquer les points de divergence et de convergence dans la forme, dans le contenu. Il s’agit de comprendre le système de références des sites, de voir en un moment T les mises en page, les mises en forme, les différentes productions de contenu, les choix éditoriaux, l’utilisation des différents outils techniques. Pour ce faire, un modèle de fiche descriptive a été réalisée (le modèle est présenté à la fin de cette partie).

Différentes rubriques ont été construites afin de décrire ces sites. La réalisation du modèle de fiche est, encore une fois, issue de la connaissance effective du terrain. Les pre-mières rubriques décrites peuvent être présentées selon deux catégories :
-  Les repères d’identification (l’adresse, le nom, la propriété, la date de création, le secteur d’activité, la zone de diffusion, la périodicité, le ‘tirage’, nombre d’employés, les sec-teurs d’information, l’outil de fabrication, l’historique)
-  Le contenu et la mise en forme

50 fiches ont donc été réalisées. Les catégories principales concernent le contenu, la mise en écran et la forme. De la réalisation de ces fiches a été exclue toute analyse, afin de privilégier la description. Cette description des sites reprend une tournure relativement clas-sique d’analyse du contenu et de la forme des sites. Elle permet par ailleurs de faire émerger le système de références entre les sites, les logiques de l’utilisation des hypertextes, les modes de présentation de soi (au moyen des qualificatifs qu’ils se donnent), etc. Les fiches sont donc les données de base nécessaires à une analyse qualitative du panorama sélectionné. Les différentes fiches permettent aussi de classer, d’un point de vue quantitatif, les si-tes en fonction de leurs formes, de leurs contenus, de repérer les outils techniques de mise en page les plus utilisés. Le calcul du nombre de sites répondant aux mêmes critères permet d’affiner la description du paysage. Il offre par ailleurs la possibilité d’analyser les tendances majoritaires, les modes passagères, les modalités de présentation, de mise en forme des sites.

Les difficultés principales rencontrées dans la rédaction de ces fiches sont :
-  Le peu de renseignements concernant la propriété des sites – souvent énoncée sous la forme d’un pseudonyme.
-  Les brouillages dans la qualification que les auteurs donnent de leurs sites. Certains se définissent comme site d’information, puis comme webzine ou cybermagazine sur le même site.
-  L’inutilité de la rubrique : zone de diffusion
-  Les renseignements aléatoires quant au nombre de lecteurs quotidiens
-  L’organisation de la description de certains sites rendue difficile par la mise en page parfois cacophonique.
-  Le repérage de tous les liens hypertextes, qui sont parfois extrêmement nombreux.
-  La difficulté fréquente de saisir la logique de construction du site.

La démarche est donc principalement réflexive. Elle consiste ici à effectuer des allers-retours entre les fiches et entre les sites afin d’homogénéiser la rédaction des différentes descriptions.

La réalisation de ces fiches aboutit alors à une compilation de données nécessaires à l’analyse des sites, des formes, des contenus, des mises en page, de la construction des différents réseaux. Cette attention à la description du contenu et des types de sites devient alors un ensemble de données qui autorise la mise en perspective théorique avec l’objet de recher-che. Elle constitue une des procédures d’analyse de cet ‘événement-repère’ qui devrait nous permettre de toucher aux transformations éventuelles du milieu journalistique et finalement à l’identité professionnelle des journalistes du Québec.

Modèle de fiche descriptive

Adresse web

Nom

Propriété

Créé en

Adresse

Secteur d’activité

Zone de diffusion

Périodicité

Tirage/cote d’écoute

Nbre d’employés info

Budget annuel info

Président ou d.g

Secteur info 1

Secteur d’info 2

Vedette maison

Reporters

Outil de fabrication

Qualificatif qu’ils se donnent

Informations

Historique

Contenu (Liens vers// Nature des liens//Quantité de liens)

Mise en écran

Forme

6. Les auteurs des sites. Les entrevues qualitatives

La réalisation de ces fiches et leur analyse doivent être complétées par une série d’entrevues auprès des concepteurs et rédacteurs de sites. La sélection des personnes à inter-viewer s’est effectuée sur les mêmes critères que la sélection des 50 sites (la notoriété ; la fré-quence de mise à jour ; la thématique ; la connaissance éventuelle du nombre de lecteurs ; l’outil technique de mise en page utilisé ; leurs différences de contenu et de mise en page). En effet, quel était l’intérêt, ici aussi, de réaliser des entrevues avec la totalité des auteurs des 50 sites ? Une nouvelle sélection était à ce stade pertinente.

La prise de contact avec les concepteurs et rédacteurs est une démarche qui mérite quelques explications. Comme il a été mentionné, les répondants ne sont pas tous identifia-bles au premier coup d’œil. Le seul moyen de contacter ces personnes est souvent le courrier électronique. Le répondant étant alors libre de répondre ou pas. Cela constitue parfois un frein à la rencontre avec les sujets. En effet, les courriels à répétition ne sont pas forcément le meilleur moyen d’entrer en contact. Mais, de façon générale, les concepteurs et créateurs de sites, au même titre que les journalistes, sont très ouverts au partage de leurs univers.

Les entrevues suivent le même schéma quelque soit le/la répondante. Cependant, il n’est qu’une indication à suivre et peut subir des variantes assez importantes, selon les réponses obtenues. Ainsi, à un répondant qui parlera de cybernarcissisme, on tentera de le relancer sur le sujet. Le but n’est pas d’orienter les réflexions des répondants, mais bien de leur faire dire ce qu’ils pensent à propos de certains thèmes.

Le schéma d’entrevue se compose alors de différents thèmes :

-  Biographie
-  Conception d’Internet en tant que support d’information :
-  Au moment de l’entrée dans le milieu
-  A présent
-  Peut-on affubler Internet du qualificatif de média ?
-  Conception du panorama général de l’information en ligne au Québec
-  Différences par rapport aux autres supports
-  Apporte quoi ?
-  Empêche quoi ?
-  Conception de leur propre site ?
-  Conception de son site ? Des autres sites ? Des sites des médias traditionnels ?
-  Comment définirait-il son site ?
-  Existe-il une politique éditoriale ? Quelle est sa nature ?
-  Comment définirait-il sa pratique ?
-  Différences avec le journaliste pratiqué traditionnellement
-  Apports du journalisme traditionnel à la diffusion d’information sur Internet
-  Innovations de la diffusion d’information en ligne ?
-  Conception de l’usage et de la pratique des genres journalistiques ?
-  Question du rapport du diffuseur d’infos avec la publicité, la fiction, les jeux, les forums.
-  Question de la gestion des caractéristiques d’Internet (hypertexte, multimédia, instantanéité…)
-  Rapport à l’outil technique de mise en page
-  Question de la gratuité des sites ? Leur perception de la gratuité ?
-  Rapport au lecteur
-  Rapport de lui-même avec le reste du groupe des journalistes traditionnels, en tant que groupe constitué
-  Rapport des diffuseurs d’information en ligne avec le reste du groupe des journalistes traditionnels, en tant que groupe constitué Conception des instances professionnelles. Rôle adéquat ? Etc…

Conclusion.

La démarche présentée dans ce document est une tentative de description d’un par-cours de terrain portant sur un objet en constante transformation. Elle pose des question-nements d’ordre épistémologique autant que méthodologique. Quel doit être le positionnement du chercheur ? Comment doit-il appréhender le terrain ? Quels outils utiliser ?

Une première piste pose que la démarche de terrain, dans un sujet portant sur les sites d’information en ligne, doit avoir recours à une perspective inductive. Elle ne peut se contenter de poser des définitions a priori de son objet de recherche. Tant de théories ont été exprimées sur le phénomène Internet, entraînant un certain nombre de fantasmagories, sans que l’objet en lui-même, c’est-à-dire ses acteurs, son contenu, les mises en œuvre de stratégies, soient étudiés sur le terrain.

La perspective proposée ici est de rendre à Internet son statut d’objet de recherche et de délaisser les discours qui ont fleuri autour de ses poten-tialités perçues ou imaginées.

La seconde piste présentée tente de défendre une approche intuitive et subjective qui est inhérente, semble-t-il, à l’étude d’Internet. Il est toujours utile de rappeler son caractère mouvant, fluide et extrêmement changeant du terrain, l’inconnu face à sa taille réelle. Le chercheur se doit ainsi d’appréhender un sujet comme les sites d’information, notamment hors-médias, par des tâtonnements et d’éventuelles découvertes qui lui permettront simultanément d’orienter son analyse, de l’affiner. Cette perspective réflexive doit se comprendre comme un constant aller-retour entre les données recueillies à partir du terrain et les tentatives d’analyse. Car, au final, ce sont les incomplétudes des catégories et plus généralement de la théorie en construction qui déterminent les outils de collecte des données et l’échantillon des sujets à interviewer (Comeau, 1994 : 16).

La troisième piste qui est démontrée par ce document met en évidence la nécessité de décrire le parcours du chercheur, ses difficultés et les tentatives de résolution et de pistes qu’il pense être adéquates. Et ce, pour provoquer la discussion et tenter de motiver les décisions prises au cours de sa recherche et qui orienteront son analyse.


Site réalisé sous SPIP. Mis à jour par Florence Le Cam le 11 août