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Valérie Jeanne-Perrier, Florence Le Cam, Nicolas Pélissier. Notes pour la présentation d'une communication au colloque Nouvelles pratiques d'information : extension ou dérive du journalisme ? sous la responsabilité scientifique de Jean-Michel Utard, Maître de conférences, IUT-Université Robert Schuman (CRAPE) et Roselyne Ringoot, Maître de conférences , IUT Lannion-Université Rennes 1 (CRAPE). 2003-10-24 Les carnets (weblogs) et webzines : création de nouveaux genres ? Le phénomène des carnets ou weblogs intrigue. Il est même prétexte à de nombreux articles dans les médias traditionnels : Télérama, le Nouvel observateur, La Presse à Montréal, même le magazine Epok de la FNAC s’y met… Dernière nouveauté à la mode, les weblogs/blogues/blogs/carnets font office de benjamins de la publication en ligne. Ils côtoient à présent les webzines, ces sites d’information davantage reliés à une volonté politique, militante, sociale, que Franck Rebillard avait d’ailleurs bien décrit dans son article Webzines, e-zines : quels nouveaux médias ?. Cette communication propose une description du phénomène de ces sites d’auto-publication individuels ou collectifs, phénomène qui a déjà une histoire, des marques de fabrique, des repères énonciatifs et de mise en page spécifiques. Une première précision : je suis plus à l’aise avec la présentation du phénomène des carnets car mon étude a porté sur le Québec et les webzines y sont de plus en plus minoritaires. Cette description permettra par la suite de problématiser le phénomène en lien avec la formation discursive journalistique et de voir en quoi ce phénomène joue entre les frontières des territoires du journalisme, de la littérature et de la science. 1- Qu’est-ce qu’un carnet ? Petite histoire des carnets. Très rapidement, les premiers carnets étaient perçus comme des filtres d’Internet, ils sélectionnaient les informations les plus pertinentes et les complétaient par des commentaires de leur cru (Mortensen, Walker, 2002 : 249). Ils auraient été réalisés, au départ, par des designers web ou des développeurs de logiciels (Paquet, 2002). Le premier carnet aurait été créé par Tim Berners Lee et intitulé What’s new (Meatball Wiki, 2003 ). Son site lui permettait de recenser et de répertorier les sites. Le nom de « weblogs » traduit ici par le terme de carnet, souvent employé sous la forme de blogues, blogs, ou cybercarnet, vient de la contraction de to log the web = se connecter au web. Seuls 23 carnets étaient répertoriés au début de 1999 (Blood, 2000 :1). Mais rapidement, le nombre de sites de ce type a explosé. Cet engouement rapide coïncide avec l’arrivée vers 1999 de plusieurs logiciels de création et de mise en page, relativement simples d’utilisation et surtout gratuit (ou quasiment gratuit). Actuellement, il y aurait plus de 4 millions de carnets référencés dans le monde, dont une moitié réellement actifs (Perseus, 2003). Pour camper le sujet, les carnets (traduction francophone du terme weblog, défendue notamment par Dolorès Tam sur son site www.francopee.com/carnet sont généralement des sites mis à jour régulièrement (le plus souvent quotidiennement), sorte de publications personnelles agrémentées de commentaires (publiés par les lecteurs) et de liens vers l’extérieur du site. Les carnets ne sont pas de simples répertoires de liens, mais diffusent de courts billets (posts), habituellement datés (jour et heure), et publiés dans l’ordre chronologique inversé (du plus récent au plus ancien). Les webzines sont des sites d’information publiés à intervalle plus ou moins réguliers et qui ne sont pas rattachés à un média dit traditionnel. Nous verrons plus en avant les différences qui existent (ou pas) entre les carnets et les webzines et les problèmes que cela pose dans les recherches et le repérage de ces sites. C’est un phénomène multi-facettes. Et les styles des carnetiers sont aussi hétéroclites que leurs auteurs. Les styles varient des :
Des formes évoluées de pages personnelles Les carnets sont des formes évoluées des pages personnelles. Évoluées car ils ne se composent pas d’une simple page, mais souvent de plusieurs pages, liées entre elles et qui donnent au carnet cet aspect de site. Quelques pratiques des carnetiers :
Qui sont-ils ?
Quelle est l’utilité d’un carnet ? (Paquet, 2002)
2- Quelles sont les différences entre un carnet et un webzine ? Comme nous l’avons dit, le carnet est une forme évoluée de la page personnelle. Alors que la page personnelle est une page parfois multimedia qui vise à répondre à la question : qui je suis ? (Chandler, 1998), les carnets ressemblent davantage à des sites, car ils sont composés de plusieurs pages et permettent un niveau d’interaction avec le lecteur guère atteint par la page personnelle. Différences carnets-webzines : ► La question de la forme. Le carnet est publié par ordre chronologique inversé et habituellement composé de courts billets. Le webzine quant à lui est davantage hiérarchisé par thématiques et la possibilité d’envoyer des commentaires regroupés dans un forum. Les billets sont souvent plus longs. ► La question de la temporalité de la production. Un webzine est rarement mis à jour tout au long de la journée ce qui peut arriver fréquemment sur un carnet. ► Les webzines sont souvent davantage reliés à une volonté politique, militante, sociale. Les carnets sont davantage liés à des considérations personnelles. (ce qu’avait d’ailleurs bien montré Franck Rebillard dans son article : Webzines, e-zines : quels nouveaux médias ? : : en expliquant que deux grands types d’expérimentation ont eu lieu au sein des e-zines : d’une part, l’attachement à un idéal d’indépendance (en empruntant au modèle du journalisme d’opinion) et d’autre part, une dérive à contre-cœur vers des formules proches de la presse magazine). On ne peut pas dire cela des carnets. ► Le sentiment d’appartenance. Les auteurs de webzines se réclament souvent de la presse alternative, des modes de diffusion hors du circuit des médias traditionnels. Malgré une certaine influence de ce discours dans le milieu des carnets, les carnetiers se définissent avant tout par rapport à leur appartenance à ce qu’ils nomment la blogosphère. ► Un point commun cependant : Cf : Franck R. le fondement des différentes démarches des webzines et des carnets est clairement une attitude d’opposition aux modèles des médias de masse. ► Mais mélange des genres de plus en plus fréquents. En effet, carnets et webzines sont de plus en plus difficiles à distinguer. Ainsi, un site La tribu du verbe* qui se définissait au mois d’octobre 2002 en tant que webzine s’est rapproché de la communauté des carnetiers – il fait d’ailleurs partie à présent du YULBlog, le regroupement des carnetiers montréalais. ►► Et sur le terrain, les différences sont ténues et de plus en plus difficiles à distinguer. Parce que sa publication est hebdomadaire, peut-on dire qu’un carnet est alors un webzine ? Ou inversement ? 3- La représentation de soi et de ses pratiques. Des thèmes fédérateurs. Le partage des connaissances. = Accroître son ‘érudition’ et bénéficier des expériences d’autrui semble, pour certains, une démarche exponentielle grâce aux sites d’auto-publication. La liberté d’expression. Ces sites seraient un moyen de démocratiser la diffusion de contenu. La facilité d'accès et d’utilisation des moyens de publication (les différents logiciels), et la non-nécessité de connaissances approfondies en informatique se combinent à la maîtrise par le carnetier du processus éditorial de son site. Les Mémoires. La conservation de la narration d’événements, de réflexions, d’opinions concernant la vie publique ou privée du carnetier permet à l’auteur, mais aussi au lecteur, de conserver, de fouiller et de retrouver des traces, des souvenirs et des informations. La plume. La passion de l’écriture, le besoin d’écrire, l’exercice de style sont des récurrences dans les discours des carnetiers. Elles se couplent avec un réel exercice de choix éditorial. Finalement, un jeu du ‘Je’ et de ‘l’autre’. Le jeu du carnet est de trouver un moyen d’expression de soi. Le carnet va parfois jusqu’au dévoilement intime. Mais simultanément la publicisation de contenu renvoie à un public, à des lecteurs-internautes. Le carnetier étend son réseau de connaissances, de contacts. Après tout, les carnetiers écrivent pour être lus… Ces sites d’auto-publication questionnent différents thèmes : ► Le site dans la communauté des carnetiers ►Le site comme plate-forme d’échanges professionnels et spécialisés ►Le site comme déprivatisation du journal intime ► Le site comme support de diffusion d’information et comme territoire partagé entre journalistes et carnetiers. 4- Objet de l’étude : Sites d’auto-publication d’information éthique (SAPIE) Parmi ces différentes formes de sites, notre recherche s’est concentrée sur : Les sites d’auto-publication d’information éthique :
► ► Cette définition inclut donc dans notre champ d'investigation : les carnets et les webzines qui inscrivent leur projet éditorial (et surtout leur mode réel de fonctionnement) dans cette perspective. ► ► En revanche, elle nous amène à exclure : les sites internet d'information stratégique, destinés à la promotion et à la défense des intérêts particuliers des institutions (commerciales, administratives, politiques...). La question reste posée par contre au sujet des sites d'information intime, qui errent entre journal intime et tentative d’écriture.
La restriction de notre champ d'étude présente cependant un double avantage :
5- Les SAPIE, un phénomène aux frontières du journalisme, de la science et de la littérature Une première exploration de l'univers des SAPIE, menée depuis plus d’un an, permet de proposer différentes pistes de réflexion : ► les sites sont l'expression d'un retour en force, bien que sous une forme différente liée aux pratiques en ligne, du modèle historique de la presse d'opinion, un modèle très marqué par le fonctionnement du champ littéraire. La création de ces sites démocratise une pratique qui est aujourd'hui essentiellement le fait d'une élite professionnelle dotée d'un fort capital social et symbolique. Dans les entreprises de presse, on lui "réservera" ainsi les genres d'opinion "nobles" (tels que le billet, l'éditorial, la chronique...) liés au journalisme politique et culturel. ► Seconde piste : Au-delà de cette frontière entre champ journalistique et littéraire, il nous semble intéressant de mettre en valeur l'impact du modèle de fonctionnement du champ scientifique (voir notamment Bourdieu, 2002). La communauté des sites étudiés présente ainsi des caractéristiques très voisines de celles de la communauté scientifique. La communauté est : - relativement cloisonnée sur elle-même, puisqu'on observe une forte identification entre sources, producteurs d'informations et lecteurs. Bien qu’ils sélectionnent, lisent, commentent des informations publiées hors de la communauté, ceux qui produisent, lisent et alimentent en informations les SAPIE sont le plus souvent les mêmes (ce qui entraîne aussi une certaine circularité de l’information). - ce cloisonnement confère à la communauté un niveau élevé d'autonomie fonctionnelle, et permet des pratiques alternatives au fonctionnement traditionnel des communications de masse. - La communauté fonctionne sur des processus d’inter-reconnaissance et de co-validation des informations par les pairs, des processus qui font l’objet d’enjeux de l’ordre du social et du symbolique. - Enfin, à notre sens, les carnets et webzines étudiés s’inscrivent cependant davantage dans le champ du journalisme que dans celui de la littérature et leurs pratiques d’écriture relèvent davantage de la formation discursive journalistique. Le terme ‘davantage’ est important car il mesure cette idée et permet d’une part de prendre en compte les influences revendiquées ou perceptibles sur les sites, des influences parfois bien plus hétéroclites. Et d’autre part, il encourage à prendre en considération l’idée unanimement partagée qui vise à se démarquer de l’industrie médiatique traditionnelle. Cette hypothèse doit cependant être validée : cinq niveaux du phénomène devront être analysés de manière plus approfondie. 6- Liens avec la formation discursive Les produits éditoriaux. Selon la définition proposée par Jean-Michel Utard (Utard, 2003), il s’agira d’aller à la rencontre des genres, c’est-à-dire des « régularités observables dans les productions discursives » des sites d’auto-publication.
Le processus de production de l’information.
1- le « bouclage » du système ne peut intervenir en fonction d’une deadline de publication définitive ; 2- ensuite l’émetteur, le canal, le récepteur et la source sont souvent les mêmes.
La communauté de pratiques
Les relations aux sources De nombreuses questions se posent :
Les relations au public
► ► ► ► Suites des recherches de terrain sur les SAPIE •Observation participante sur un site collectif (VJP-FLC-NP) •Analyse de l’énonciation des dispositifs des logiciels de publication SPIP et Movable Type. (VJP) •Analyse des produits éditoriaux (VJP) •Recherche sur les représentations des journalistes envers les auteurs de SAPIE (entrevues avec 10 journalistes travaillant à l’IUT de Nice), et celles des auteurs envers les journalistes (entrevues avec 10 auteurs) (FLC-NP) •Recherche sur les journalistes-carnetiers (FLC) •Analyse des réponses à un questionnaire adressé à un groupe de 25 étudiants de l'IUT de journalisme de Nice concernant leur perception des SAPIE (NP).
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