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Transcription des échanges avec Christophe du site Monputeaux.com. Les lettres Q et R renvoient évidemment aux termes Question et Réponse. Q : Comment vous est venue cette idée de création d'un carnet à vocation locale ? R : Tout est parti du 21 avril 2002 : Jean Marie Le Pen est qualifié pour le second tour de l'élection présidentielle... et Lionel Jospin, le candidat pour lequel j'avais voté, annonce son retrait de la politique. Je suis de ceux qui, après ce choc terrible, se sont engagés dans les associations, les syndicats et les partis politiques. J'ai décidé de m'investir dans ma ville : j'ai adhéré à la section locale du parti socialiste et j'ai lancé MonPuteaux.com "la page des Putéoliens" (c'est comme ça qu'on appelle les habitants de Puteaux). Mon premier objectif avec ce site était de favoriser les échanges et faire circuler l'information locale... Q : Quelles sont les raisons de votre intérêt pour votre ville, donc de votre inscription dans votre territoire local ? Pourquoi ne pas avoir directement choisi de vous investir dans des associations, organismes, manifestations, etc. nationales ? R : Le débat national m'intéresse, mais le simple citoyen que je suis se sent impuissant à influer directement sur ce débat. Je vote, il m'arrive de manifester… mais je voulais faire plus… J'aime Puteaux ! La vie y est très agréable. Il y a malgré tout un côté « village » dans cette commune de 40.000 habitants située aux pieds des tours de La Défense. Je me suis demandé : avec mon expérience, qu'est-ce que je peux apporter concrètement à ma ville ? Je suis journaliste, j'utilise Internet chaque jour pour mon travail. Je connais sa puissance, sa facilité d'utilisation… Rapidement l'idée m'est venue de faire une page locale d'actualité. Mon sentiment était surtout que l'Internet, présenté comme un réseau mondial, pouvait-être aussi un formidable média de proximité. En effet, si le web permet de dialoguer facilement avec des inconnus à l'autre bout de la planète, il permet tout aussi facilement d'échanger des idées et de réaliser des projets avec ses voisins d'immeuble. Le Net, c'est la nouvelle place publique, le nouveau « forum ». Surtout dans une ville comme Puteaux, qui a été cablée et adslisée très tôt. Internet peut-être ici considéré comme un média de masse : sur environ 19.000 foyers, plus de 4.000 ont l'ADSL, sans compter les foyers câblés et ceux qui ont Internet par RTC. Selon des données France Télécom qui datent du début de l'année, plus de la moitié des Putéoliens avaient Internet à la maison, sans compter ceux qui le consultent au travail ou à l'école... ou bien dans des cybercafés. La facilité de mise en place d'un blog, son coût réduit (un ordinateur, une connexion et un hébergement payant à 35 euros/an pour mon site + 15 euros pour le nom de domaine), permet à tout le monde de devenir un diffuseur d'informations à part entière. Q : Vous parlez de « faire circuler l'information locale », est-ce en réaction à une diffusion d'information que vous pensez limitée de la part des médias régionaux, des institutions, etc. ? R : La presse régionale ne peut pas traiter de tous les sujets locaux. Elle manque de place et de moyens. Souvent, il n'existe qu'un seul titre, parfois 2. Du fait de ce manque de pluralité, de concurrence et de moyens, le contre pouvoir que représente la Presse au niveau national est quasiment inexistant au niveau local. Quant aux institutions, elles font de la communication, pas de l'information. Q : Comment avez-vous eu connaissance du phénomène des carnets ? R : C'est après la création de mon site que j'ai découvert qu'on pouvait le définir comme un blog, ou bien encore un joueb ou un carnet ! Pour moi, j'en étais resté au terme de « page perso ». J'ai pris connaissance du phénomène par des amis, des articles dans la presse et mes balades sur le web. Q : En quoi votre site peut-il, selon vous, être défini comme un 'weblog' ? R : En fait, ce sont les visiteurs qui m'ont dit que mon site était un « weblog » ! J'en faisais un sans le savoir ! MonPuteaux.com est entièrement tourné vers l'échange d'idées, le dialogue. J'invite les visiteurs à m'envoyer leurs réactions et leurs contributions. C'est cela certainement qui en fait un « blog ». Q : Quelle est votre opinion par rapport à la participation des internautes, notamment des habitants, dans l'écriture de l'information ? La participation est-elle conséquente ? Vous étonne-t-elle ? Les internautes (lecteurs) vous font-ils part d'information intéressante que vous pourriez diffuser ? R : Les premiers mois, j'avais assez peu de visiteurs. Mais rapidement les informations « exclusives » que j'ai diffusé ont été reprises dans la presse locale. Ces journaux ont fini par donner l'adresse de ma page. Cette publicité et cette « crédibilité » donnée par des médias traditionnels m'ont apporté un peu plus de visites. Mais surtout ce qui a tout déclenché, c'est l'attitude hostile du maire : il a très peur de cette page d'actualité qu'il ne pouvait pas contrôler. Il m'a alors interdit de conseil municipal ! Les échos dans la presse ont été plus nombreux encore. Les internautes pro et anti-maire sont venus en nombre... J'ai commencé à recevoir des messages quotidiennement, soit des commentaires à des articles, soit encore des informations brutes à publier. Aujourd'hui, ce sont environ 60 personnes qui contribuent plus ou moins régulièrement à mon site par des commentaires. 6 personnes ont écrit ou écrivent des articles ou des dossiers complets. Et 400 personnes sont abonnées à ma lettre de diffusion. Je reçois en moyenne 300 visiteurs par jour, pour 1.200 pages vues. J'ai l'impression d'avoir répondu à une véritable attente... un besoin d'expression. Mais il faut dire que le terrain était très favorable : un nombre important d'internautes et un maire dont les pratiques anti-démocrates nous donnent beaucoup de matière ! Q : Est-ce vous qui traitez toutes ces informations ? Laissez-vous aux internautes la possibilité de produire directement leur propre contenu ? Quelles en sont les raisons ? R : J'encourage les visiteurs réguliers à participer à l'enrichissement du site, comme je les encourage à ne pas rester des citoyens passifs ! Donc oui effectivement des internautes produisent du contenu sur MonPuteaux.com. J'en vérifie simplement la véracité et je rejette les propos diffamatoires. J'ai parfois l'impression de faire un peu un travail de secrétaire de rédaction. Q : Comment vérifiez-vous la fiabilité des informations qui vous parviennent ? R : Par des méthodes simples : en recoupant les témoignages, en passant quelques coups de téléphone, en consultant la presse, Google, les documents administratifs disponibles. Cela repose aussi sur la crédibilité acquise au fil du temps par tel ou tel de mes contacts. Mais le risque existe toujours d'être trompé ou manipulé. Ce risque existe d'ailleurs pour n'importe quel diffuseur de nouvelle. Personne n'est à l'abris. Dans ce cas, il faut assumer ; admettre qu'on s'est trompé et présenter des excuses aux personnes visées et à ses lecteurs. Il faut être conscient de ce problème pour pouvoir l'affronter éventuellement. Q : Les interactions que vous pouvez avoir avec les internautes (lecteurs) se font-elles davantage (1) sur le site par les commentaires, (2) par courrier électronique ou (3) dans les rencontres de visu dans votre région ? R : C'est tout cela à la fois de manière égale. Il y a des personnes avec qui j'échange des mails depuis 1 an et demi et que je n'ai jamais vu. Il y a aussi beaucoup de contributeurs que j'ai par la suite rencontré "en vrai". Comme ma photo est passée plusieurs fois dans le journal, les gens me reconnaissent parfois dans la rue : ils m'abordent et me donnent des infos ou des commentaires qui nourrissent aussi ma page d'actualité. Enfin, certaines personnes préfèrent me téléphoner... J'ai dès le début diffuser mon numéro de téléphone sur ma page. Q : Quelle est (a été) la réaction des lecteurs, de la population locale à la création du site et depuis ? R : Globalement, la réaction est très bonne (voir le forum de monputeaux !). J'ai le sentiment d'avoir libérer la parole de beaucoup de Putéoliens ; même si je fais aussi l'objet de critiques : on me reproche d'attaquer systématiquement le maire. J'accepte la critique et je comprends ces positions hostiles : j'exprime mes idées... je polémique… Il est logique que je dérange… Si on s'expose, il ne faut pas étonné d'être critiqué à son tour ! Q : Pensez-vous que les internautes s'expriment facilement sur votre site, car ils savent qu'ils peuvent exprimer une opinion alternative ? R : L'Internet libère la parole de beaucoup de gens, pour une raison simple : ils ont l'impression -qui est fausse d'ailleurs- que leur parole restera anonyme. Ils peuvent s'engager sans s'afficher publiquement. Mais pourquoi pas : cela peut-être une première étape vers un engagement public. Par ailleurs, j'ai affiché clairement mes opinions dès le début, tout en affirmant à plusieurs reprises que toutes les opinions pouvaient être librement exprimées sur mon site. Des personnes qui se disent de droite participent donc à mon forum, alors que je me revendique comme socialiste. Q : Vos lecteurs sont-ils majoritairement des internautes putéoliens ? De la région ? Quelles sont les réactions des internautes de la région (hors de la commune) et surtout des internautes qui proviennent de l'extérieur de la région ? R : Je n'ai pas de statistiques précises la-dessus. Sans doute qu'une partie non négligeable des visiteurs de MonPuteaux.com vient de l'extérieur de Puteaux. Ils sont curieux, scandalisés aussi par l'attitude de mon maire, ils m'envoient des réactions de soutien, m'apportent leurs propres témoignages. C'est ainsi que j'ai découvert que de réels problèmes de démocratie se posaient dans beaucoup de communes : le maire autoritaire qui abuse de son pouvoir n'est pas un cas isolé. Q : L'expression est-elle réellement ouverte sur le forum, etc… ou bien la prise de parole publique est-elle un frein au niveau local ? En effet, certaines paroles diffusées peuvent heurter directement un voisin que l'on rencontre ensuite à la boulangerie, etc.. R : Je suis souvent obligé, c'est vrai, de modérer les interventions des uns et des autres. Mais n'importe quel modérateur de forum ou de liste vous dira la même chose : les gens ne se rendent pas toujours compte de la portée écrite de leurs propos. Un texte écrit et publié, ça n'a rien à voir avec une discussion de comptoir. Cela demande de la réflexion, cela oblige aussi à la modération. Mais je m'aperçois qu'après avoir modéré une personne 2 ou 3 fois, son message suivant est publiable tel quel. C'est simplement une question de pratique, un nouveau mode de communication de proximité. Le fait est que j'ai choisi de ne diffuser dans mon forum que les prénoms des contributeurs et par leurs noms (saufs s'ils le réclament). J'ai fait ce choix que la situation locale est particulière : pressions, intimidations et représailles contre les opposants sont des faits courants ici. Q : Entretenez-vous des rapports avec d'autres carnetiers ? Des carnetiers spécialisé dans l'information locale ou bien davantage des carnetiers ""divers"" ? R : Je commence en effet à aller voir ce que font les autres. Il y a 1 an et demi, il y avait peu de sites comme le mien. Et il y en a encore peu : comment se fait-il d'ailleurs que si peu de citoyens, militants, associatifs, syndicalistes locaux, ne profitent de ce moyen très souple et peu coûteux de diffusion ? Q : Etes-vous soutenu (moralement ou financièrement) par des organismes ou des individus extérieurs ? Par des collectivités locales, des institutions publiques ? Est-ce une initiative strictement individuelle ? R : MonPuteaux.com est une initiative personnelle. J'ai lancé le site sans rien demandé à personne. Cela m'a coûté 50 euros : hébergement et nom de domaine. Je n'ai donc pas de besoin de soutien financier ! c'est cela justement qui est bien ! :o) Je n'ai évidemment aucun soutien de la part de ma mairie ! Elle me met plutôt des bâtons dans les roues. J'ai eu droit par exemple à la visite d'un huissier. La mairie me prévenant que si je diffusais des images dont elle avait les droits, elle me poursuivrait en justice. Q : Aimeriez-vous avoir du soutien financier ou matériel de la part des institutions ? R : Non, je tiens à mon indépendance. Et je n'ai aucun besoin financier ou matériel. Q : Quelles sont les réactions des élus, des institutions ? Et autres... R : Comme je vous l'ai déjà dit, la majorité locale se montre très hostile à mon égard. J'ai reçu des menaces et j'ai été insulté par des conseillers municipaux (par mails, par messages téléphoniques sur mon répondeur, par des agressions verbales et des intimidations directement dans la rue) ! Mais cela m'a toujours encouragé à poursuivre ! Sinon, j'entretiens de bonnes relations avec les autres institutions locales et départementales : le conseil général (pourtant du même bord politique que mon maire) m'envoie ses communiqués de presse. Q : La création de votre site a-t-elle eu des conséquences sur : R : J'ai reçu plusieurs messages de Putéoliens qui expliquent en effet qu'ils ont découvert les pratiques anti-démocratiques de mon maire grâce à MonPuteaux.com. La mairie a plusieurs fois répliqué, sous forme de communiqués, à des articles publiés sur ma page. Je pense, oui, que mon site a modifié le débat local. Il y a un an, peu d'informations « sortaient » dans la presse. Aujourd'hui, je publie chaque jour un fait d'actualité sur ma ville. Ces informations sont parfois reprises par les médias traditionnels. Forcément cela change beaucoup de choses. Mais je suis mal placé pour analyser tout cela. Car j'ai parfois l'impression d'être au centre d'un cyclone… (lire les récits incroyables publiés sur mon site de la manière dont se déroulent par exemple les conseils municipaux de Puteaux !). Q : Les informations diffusées sur votre site ont-elles eu des conséquences dans la vie quotidienne des habitants, sur les décisions du conseil municipal (ou autres), sur la prise de conscience locale des enjeux de la commune ? R : Les témoignages sur je reçois sur le forum de mon site m'incitent à dire qu'effectivement MonPuteaux a eu de multiples conséquences sur la gestion de la ville. La mairie consulte attentivement mon site. Par exemple, un jour je publie un article sur le fait que ma rue est mal entretenue : des trottoirs effondrés, des plots cassés, etc… Le lendemain même, des ouvriers de la municipalité étaient là pour tout réparer ! J'ai publié les photos « avant » et « après » ! J'ai l'impression aussi que depuis le lancement de MonPuteaux.com, la mairie fait des efforts de communication pour mieux expliquer ce qu'elle fait. Voilà un résultat très positif ! Q : Le site est-il parfois récupéré par les opposants au maire ? R : Je veille à l'indépendance de mon blog. Bien entendu, je suis militant socialiste. Mais ma page n'est pas celle du PS de Puteaux (qui a d'ailleurs son propre site web : www.ps-puteaux.com sur lequel je m'abstiens d'écrire quoi que ce soit). Je suis mon propre « rédacteur-en-chef » et je donne la parole à tout le monde. Bien entendu, les attaques de mon maire contre mon site ont été dénoncées par l'opposition, mais je ne crois pas qu'on puisse parler de récupération. Q : En quoi votre investissement politique est-il perceptible dans votre site ? R : Etre socialiste, c'est notamment avoir espoir en l'homme, c'est prôner la solidarité et la justice sociale. Je pense que ces thèmes se retrouvent sur MonPuteaux.com. Mais il s'agit aussi de valeurs universelles. Q : Votre site est-il considéré comme un site journalistique ? Revendiquez-vous une démarche de journaliste ? Sinon, comment qualifiez-vous votre démarche ? R : MonPuteaux.com n'est pas le site d'un journaliste, même s'il s'agit de ma profession. C'est le site d'un citoyen qui a décidé de l'ouvrir. C'est un site militant, critique et polémique. C'est un lieu de débat ouvert.. Fin.
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